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Ecosessions la plateforme d’événements qui a pour but de produire du changement. 

Dans le cadre du festival mode design de Montréal, ETHIK Eco-Design Hub et FEM international se sont joint pour organiser un débat-conférence autour de l’écosystème de la mode canadienne.

Le débat était modéré par la journaliste de mode Lolita Dandoy et fondatrice du blogue Fashion Is Everywhere. Les panélistes présents étaient Lis Suarez Visbal, fondatrice de FEM International et ETHIK Eco-design Hub, Stéphane Guérard, directeur général de Certex, Éric Wasana, fondateur de la marque Yoga Jeans, Léonie Daignault-Leclerc, fondatrice de la marque Gaia & Dubos et Kate Black, fondatrice d’EcoSessions et auteure du livre « Magnifeco: Your Head-to-Toe Guide to Ethical Fashion and Non-toxic Beauty ».

Voici un petit résumé/aperçu des échanges. Après une courte présentation de chacun des intervenants, Lolita Dandoy les invite à tenter de définir ce qu’est la mode éthique.

La mode éthique se donne la lourde tâche de diminuer l’empreinte écologique des vêtements qu’elle produit en privilégiant une approche équitable du commerce.

C’est une mode qui remet l’humain au centre de ces préoccupations. C’est une mode qui tente d’avoir l’empreinte la plus faible possible sur l’environnement.

Il existe une multitude de termes pour la qualifier. On parle de mode bio, de mode équitable, de mode made in Québec, ou de made in Canada, de mode recyclée, d’upcycling et le tout est parsemé de diverses certifications. Bref dans tout ce brouhaha d’appellations et de certifications le consommateur est perdu.

En effet, la mode éthique est insuffisamment lisible pour le consommateur non spécialiste.

De plus, l’impact écologique des vêtements s’évalue en tenant compte de nombreux critères.

Pour limiter l’impact environnemental des vêtements, optez pour des matières naturelles et biologiques. Les matières synthétiques proviennent souvent du pétrole. De plus, si vos vêtements ne sont pas certifiés biologiques, ils contiennent souvent des pesticides et des produits chimiques. Ces derniers polluent la terre et votre corps! Il est aussi préférable de choisir des matières recyclées ou réutilisées afin de limiter l’utilisation des ressources! Également, il est préférable d’opter pour des matières biodégradables qui pourront se décomposer en fin de vie sans émaner des gaz nocifs. Idéalement il faut aussi choisir des vêtements certifiés écologiques, et produits. Enfin, optez pour des vêtements ajustables, modulaires, réversibles ou transformables. N’en achetez pas trop! N’oubliez pas, il y a seulement 7 jours dans une semaine. Préférez les coupes classiques. Également, optez pour des vêtements qui vous siéent à ravir, car le vêtement qui pollue le plus, c’est le vêtement qui n’est pas porté.

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Bref, beaucoup de critères entrent en jeu… Par conséquent il n’y a pas vraiment de définition universelle de la mode éthique. Cela est notamment dû au fait qu’il n’existe  pas de label universel qui garantirait ou évaluerait l’ensemble de la chaîne de production d’un vêtement.

La mode est floue dans ses appellations, mais aussi dans l’encadrement des différents labels qui la compose.

Par conséquent le consommateur ne sait plus à quels labels ou certifications se fier. D’ailleurs à ce propos, je vous invite à consulter mon article « La vaste arnaque du coton de la filière Better Cotton Initiative (BCI) ».

Le fait qu’il n’existe pas de label universel est particulièrement problématique car le consommateur a besoin de repères auxquels se référer.

Pour favoriser l’émergence d’une mode plus éthique, il faudrait mettre en place en organisme indépendant qui serait capable de renseigner de façon neutre et indépendante sur la provenance, et l’éthique de la fabrication des produits. Comme c’est le cas pour l’aliment avec le label « BIO » ou la certification « Aliments du Québec » pour les aliments.

 

Mais alors, comment être sûr que nos achats répondent vraiment à des critères équitables et écologiques?

Il faut deux choses, d’une part que le consommateur soit prêt à se renseigner davantage sur les marques qu’il achète. Et d’autre part, il faut que les entreprises fassent davantage preuve de transparence pour certaines, et d’efforts pour communiquer sur leur démarche ainsi que ce que cela implique.

Alors que les enseignes de fast-fashion manquent parfois de transparence, les créateurs de mode sont parfois dotés de petites équipes, qui par conséquent n’ont pas les mêmes budgets marketing et publicitaire à investir.

Mais heureusement, parfois même sans grosse équipe de communication, il est possible de faire beaucoup en matière de comm ». C’est le cas que Léonie Daignault-Leclerc et de sa compagnie Gaia & Dubos. Avant même de lancer sa marque de vêtements, elle s’est mise à communiquer sur le blogue « Gaia & Dubos » autour des enjeux de la mode éthique. Sur son blogue elle aborde des thématiques telles que « Les impacts catastrophiques de l’industrie de la mode » ou sur  « Les désastreux impacts du nettoyage à sec » par exemple.

Gaia & Dubos est une marque québécoise de mode durable pour femmes.

Elle crée des vêtements élégants, féminins et confortables. Ils sont confectionnés avec des matériaux écologiques. Ils sont fabriqués au Québec, par 3 couturières qui travaillent de chez elle dans des conditions de travail éthiques.

Pour Stéphane Guérard, directeur général de Certex, la mode éthique serait un oxymore.

En effet, par définition la mode éthique pour être à la mode doit être dans la mode. Or celle-ci par définition se démode. Quoi qu’il en soit le résultat est désastreux. D’ailleurs chez Certex, ils sont confrontés aux limites du système actuel de l’industrie du textile. Certex reçoit un camion 53 pieds de vêtements chaque jour. Parmi les vêtements collectés, on retrouve des vêtements neufs, qui comportent encore des étiquettes… Ce qui reflète bien la société dans laquelle nous évoluons.

Le deuxième paradoxe majeur de la mode éthique est le côté temporel.

Comment être à tendance – c’est-à-dire à la dernière mode – si l’on refuse de se soumettre au rythme effréné que dicte l’industrie de la mode? En effet, contrairement à la slow fashion, la fast-fashion met en marché chaque semaine des nouvelles collections dans un cycle court.

Malgré les contradictions inhérentes à l’appellation mode éthique, certains acteurs tentent de faire un changement positif dans l’industrie. C’est le cas d’Éric Wazana et de son entreprise Yoga Jeans.

L’attrait Éric Wazana pour le denim remonte à son enfance. Chaque année, avant la rentrée scolaire, sa mère lui offrait une paire de jeans. Et chaque fois, ÉricWazana ressentait le besoin de les transformer. Il les usait contre le trottoir, les frottait avec du papier de verre et utilisait des bouchons de bouteilles de Coca-Cola pour créer des déchirures. Bref, le jeans est par excellence la pièce vedette de notre garde-robe. C’est celle que l’on aime porter quotidiennement et qui traverse parfois les années. Afin que le jeans puisse encore en 2018 rester ce vêtement qui nous suit dans nos pérégrinations et qui traverse les épreuves avec nous, il faut qu’il soit bien ajusté et bonne qualité. C’est justement l’ambition d’Éric Wazana avec sa compagnie Yoga Jeans, il l’a créée avec l’ambition de créer les jeans les plus confortables au monde.

Pour parvenir à créer un jeans confortable, le processus de recherche et développement à durer plusieurs années. Également, Yoga Jeans produit de façon locale afin de rester proche de leur marché. En effet, en 2011 alors que l’industrie du vêtement se délocalisait presque totalement, les frères Wazana ont fait le pari de continuer la fabrication au Québec pour honorer la qualité et cultiver le savoir-faire local.

Quoi qu’il en soit, il y a encore beaucoup d’éducation a faire sur le prix juste.

Même en communiquant au maximum sur les enjeux de la mode éthique, et sur les détails des composants du vêtement, le consommateur est dur à convaincre. Il  hésite encore à mettre la main au portefeuille, car il a le « sentiment d’un surcoût significatif ». En effet, entre une robe « Gaia & Dubos » et une robe  « H & M » il y a un écart. Et c’est normal. Ces deux entreprises n’ont absolument rien à voir.

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Cependant la conscience collective sur les coûts cachés des prix bas progresse grâce aux émissions « chocs ».

De plus en plus de médias tirent la sonnette d’alarme. Dernièrement, l’émission de télévision française Cash Investigation diffusée sur France 2 a mis la lumière sur le travail forcé dans les champs de coton ouzbek, dans son enquête intitulée “Coton : l’envers de nos tee-shirts“.

Également plusieurs associations environnementales mettent en lumière les problématiques sous-jacente à l’industrie textile. La campagne Détox de Greenpeace par exemple, a levé le voile sur l’utilisation de composés chimiques toxiques dans le textile.

Enfin, hélas, les scandales et les accidents dramatiques comme l’effondrement Rana Plaza au Bangladesh, qui a fait plus de 1 100 morts parmi les ouvriers travaillant pour les plus grandes marques occidentales participent également à faire évoluer les mentalités.

 

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La vaste arnaque du coton de la filière Better Cotton Initiative (BCI)

De nombreuses entreprises de fast fashion ont abandonnés le coton bio pour le coton Better Cotton Initiative (BCI).

Je vous explique plus en détails ce revirement de situation! De plus en plus de marques telles que H & M, Okaidi, Puma, Bonobo, ont rejoint le programme de culture Better Cotton Initiative.

Mais au fait Better Coton Initiative c’est quoi ?

L’association BCI a pour but de promouvoir une amélioration sociale et environnementale de la culture du coton. Elle réunit des parties prenantes intervenant sur la filière cotonnière, ainsi que des ONG comme le WWF et des multinationales. Suite à un processus de consultation des acteurs de la filière, la BCI a élaboré un système d’accompagnement. Il ne s’agit pas d’une certification, ni d’un label! Très important! Le coton produit sous la bannière BCI répond à des critères de production, une procédure d’évaluation des exploitations agricoles et un mécanisme de suivi pour mesurer les progrès accomplis.

Jusqu’ici tout à l’air plutôt convaincant! Mais lorsque s’intéresse de plus près au 77 pages du document explicatif, mais pas hyper digeste, qui présente les Principes et les Critères de Production qui constituent la définition générale du Better Cotton la déception est grande!

En effet, derrière les étiquette Conscious, coton responsable, et autres initiatives de marketing ou de green washing, on s’aperçoit que le coton BCI ne provient pas de l’agriculture biologique, ou de quelque chose qui y ressemble.

Dans les positions de principes Better Cotton, les semences génétiquement modifiées sont autorisées. Le programme BCI autorise l’utilisation du coton Bt transgénique.

De plus, le programme Better Coton Initiative ne prévoit aucune prime à l’achat de semences non génétiquement modifiés. Comme c’est le cas pour d’autres labels. En effet, pour aider les paysans dans leurs démarches, certains labels soutiennent financièrement l’achat de semences non OGM.

Ce qu’on retient donc du document qui présente les Principes et les Critères de Production du Better Cotton c’est que pour recevoir la licence pour cultiver du coton BCI, les producteurs doivent d’abord satisfaire à une série d’exigences minimales. Une fois ces dernières complétées, les producteurs sont certifiées. Puis ils sont encouragés à se développer par le biais d’exigences d’amélioration définies. Le respect des standards établi BCI est évalué par les producteurs eux-mêmes! Mais il est tout de même vérifié annuellement par des partenaires de BCI. Enfin, des contrôles ponctuels et aléatoires sont effectués par des auditeurs externes à une fréquence qui n’est pas communiquée.

Ce qui est un peu stupéfiant avec le coton BCI c’est que les critères sociaux ne couvrent pas entièrement certains aspects qui d’après moi centraux, comme le salaire ou le temps de travail.

Également le système d’accompagnement BCI n’exige pas le versement d’un salaire vital pour les travailleurs du secteur. Plus affligeant encore, les mesure prises contre le travail des enfants par exemple ne s’appliquent uniquement pour les agriculteurs, et non sur toute la chaine de production d’un vêtement BCI.

Pire encore sur le plan environnemental le coton de la Better Coton Initiative n’a absolument de bio.

La BCI permet l’utilisation de pesticides, herbicides et d’insecticides tel que l’acéphate, le copper Oxychloride, le pendiméthaline, et autres produits phytosanitaires …

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Le coton BCI peut donc être cultivé avec une ribambelle des pesticides.

Le bannissement des produits chimiques ne fait pas partie des exigences minimales. Pour les agriculteurs, produire du coton BCI signifie qu’ils se sont engagés à suivre une formation pour utiliser moins de produits chimique à l’avenir, de façon à minimiser les conséquences négatives des pesticides. Mais il reste tout de même grotesque de revendiquer l’amélioration sanitaire en permettant l’utilisation de produits chimiques.

En revanche, on recommande aux agriculteurs par exemple, de porter des gants, des lunettes, et de quoi se couvrir le visage lors de l’épandage de produits toxiques. Cependant dans la pratique, peu d’agriculteurs qui suivent ce type de recommandations. De plus, ces recommandation sont totalement vaines, si l’on considère l’absence du tout à l’égout dans les villages.  Les familles sont donc en contact direct avec de l’eau insalubre.

Mais le scandale du coton BCI ne s’arête pas là.

Les tee-shirts que l’on vous vends comme plus responsables, ne sont pas réellement produit avec du coton cultivé dans le cadre BCI.

En effet, le système Better Coton Initiative repose sur ce qu’on appelle la balance de masse.

C’est à dire qu’au départ il y a un agriculteur qui s’engage à faire du coton avec moins de pesticides, et moins d’eau et sans faire travailler d’enfants.Voici en gros les fameuses exigences minimales. Ainsi à partir du moment où l’agriculteur prend cet engagement, le coton produit peut vendu sous la bannière Better Coton Initiative. Mais entre le coton cultivé par l’agriculteur et le produit fini il y a un monde! Et c’est là que les choses se corsent.

En effet, quand le coton du fermier Better Coton Initiative arrive à l’entrepôt de filature, il est mélangé aux autres cotons sans distinction.

Dans la comptabilité de l’usine de filature en revanche il y a des unités de coton Better Coton Initiative. Ainsi si l’usine a acheté 100 tonnes de coton BCI elle dispose de 100 unités de coton BCI. Ainsi quand une entreprise commande 100 tonnes de coton BCI, elle reçoit des unités de coton totalement virtuelles.

À l’arrivée dans les produits fabriqués avec du coton BCI, il peut aussi bien y en avoir un peu, beaucoup, intégralement, ou pas du tout. C’est complètement aléatoire.

L’intérêt de la balance de masse pour les entreprises est particulièrement intéressant. Car l’usine qui fabrique les vêtements peut acheter du coton BCI, mais elle n’est pas obligée de se servir du même coton pour faire des pièces « certifiées » BCI.

Contrairement aux autres labels biologiques, qui exigent que pour faire du fil biologique il faut l’entreprise de filature utilise du coton bio, le coton BCI est plus permissif. En effet, pour faire du coton BCI, l’usine peut utiliser n’importe quel coton. En gros cela signifie que dans un tee-shrit certifié BCI, on peut très bien retrouver du coton Ousbek et de la sueur de travailleurs forcés.

C’est pour cela entre autres, que je jugeais que les critères sociaux étaient pas mal permissifs.

De plus, un autre avantage pour les entreprises de filatures,  c’est qu’il est possible de vendre du coton BCI sans même en avoir en stock, tellement le système BCI est déconnecté du produit.

Résultat en seulement quelques années, le coton sourcé en tant que BCI est devenu un des programmes de culture le plus plébiscitée auprès des grandes enseignes de fast-fashion.

Tommy Hilfiger, Burberry, Esprit, Adidas, Nike, American Eagle Outfitters, ASOS, C & A, Ikea, G-Star, H & M,Levi Strauss ont rejoint le système d’accompagnement BCI. Le groupe Inditex, qui détient les marques Zara et Zara Home, Pull and Bear, Massimo Dutti, Bershka, Stradivarius, Oysho et Uterqüe a également rejoint le système d’accompagnement BCI.

Aujourd’hui le coton BCI représente près de 12% du coton mondial.
Sauf que l’envolée du coton BCI, se ferait peut-être au détriment du coton biologique.

En effet, depuis 2010, la production de mondiale de coton biologique a chuté. Avec l’alternative BCI, certaines entreprises ont décidées d’arrêter ou presque leur achat de coton bio. Par exemple Decathlon en 2013, faisait partie de principaux acheteurs mondiaux de coton biologique. Decathlon a pratiquement arrêté le coton Bio, au profit du coton BCI. Pareil pour Puma. Puma a acheté d’importantes quantités de coton biologique pour finalement en 2015 cesser au profit du coton BCI.

Ce revirement de position de la part des grandes entreprises a également des consequences du coté des producteurs de coton.

En effet depuis le succès de BCI certains agriculteurs abandonnent le coton biologique au profit du coton BCI.

Cash investigation dans leur reportage le « Coton l’envers de nos tee shirts ! » est allé à la rencontre d’un producteur de coton appelé Raju Solanki.

producteur-coton-better-cotton-initiative-bci-cash-investigation-bio-1Il témoigne du fait qu’il a abandonné l’agriculture de coton biologique au profit du coton BCI. Ainsi, il produit du coton avec des semences génétiquement modifiées. Et utilise un certain nombre d’herbicides. D’ailleurs certains sont même interdits dans les pays occidentaux pour leur toxicité. C’est décevant de constater le retour de agriculteurs vers des produits chimiques dont ils avaient auparavant appris à se passer.

C’est donc ça le progrès avec le coton BCI ?? Le coton BCI est-il entrain de tuer le coton biologique?

Peut-on vraiment prétendre vouloir améliorer la culture du coton conventionnel, avec des plants transgéniques?

Images: Cash investigation « Coton l’envers de nos tee shirts »