De par mes études en design de l’environnement et mes expériences professionnelles au sein de divers organismes à but non lucratif environnementaux, j’ai pris conscience des impacts, positifs comme négatifs, de l’aménagement du territoire. C’est en m’intéressant au phénomène de l’étalement urbain dans le cadre de mes études que j’ai commencé à saisir à quel point il est intimement lié à la crise climatique. Le problème, c’est que l’étalement urbain est un concept complexe avec de multiples ramifications. Autrement dit, il est difficile d’en expliquer les problématiques de manière simple et rapide. Pourtant, il est crucial que la population mondiale en comprenne l’ampleur afin qu’elle puisse prendre des décisions éclairées et dénoncer des projets insensés, comme l’A69.
Ce que je comprends de l’étalement urbain
C’est quoi?
L’étalement urbain est un grand problème d’aménagement du territoire. La plupart de nos grandes villes sont construites avec un centre, où commerces branchés et tours de bureaux occupent l’espace.
Quel est le problème avec ça?
La majorité des gens qui fréquentent ces centres-villes n’y habitent pas, car ils ne sont pas conçus comme des milieux de vie complets. On y trouve peu d’épiceries, de stationnements, de parcs ou de pharmacies, et les logements y sont rarement abordables. Donc, les personnes qui travaillent au centre-ville choisissent d’habiter en périphérie, dans un autre quartier ou carrément en banlieue.
Pourquoi la banlieue et pas un autre quartier près du centre-ville?
Les travailleurs décident souvent d’acheter à 10, 20, voire 30 kilomètres de leur lieu de travail parce que l’offre de logements y est plus alléchante et davantage dans leurs moyens. Dans ces « villes-dortoirs », les citoyens dorment, mangent et passent leurs week-ends, mais ils se rendent au centre-ville pour travailler et se divertir.
Une explication simple
J’aime expliquer l’étalement urbain comme on le ferait à des extraterrestres : imaginez une ville avec un centre grouillant d’activité mais inhabité, entouré de vastes étendues de maisons où les gens passent la majorité de leur temps. Pour se rendre à leur travail, ils doivent parcourir de longues distances, souvent en voiture, ce qui crée du trafic et augmente les émissions de gaz à effet de serre.
Les conséquences
Construire des autoroutes, des ponts et des voies de circulation ne règle pas le problème du trafic à long terme. Au contraire, cela incite encore plus de gens à s’installer en périphérie, et le même problème de congestion revient quelques années plus tard.
Dans la plupart des ces zones, il faut une voiture pour faire de simples courses comme acheter du pain ou aller à la pharmacie. Les adolescents doivent obtenir leur permis de conduire dès l’âge de 16 ans pour éviter de dépendre de leurs parents et deviennent, avant même de pouvoir voter, des émetteurs quotidiens de GES.
La dépendance à la voiture
L’étalement urbain perpétue notre dépendance à l’automobile. Il n’y a rien de mal à construire de nouveaux logements en banlieue et à la campagne, car la population grandit et vieillit. Cependant, il devrait y avoir des lois obligeant les promoteurs immobiliers à planifier des milieux de vie complets avec épiceries, garderies, pharmacies, boulangeries, restaurants et autres commodités à moins de 10 minutes de marche des nouveaux quartiers, ou mieux encore, les intégrer directement à leur développement.
Mon point de vue sur l’étalement urbain
Depuis que j’ai pris conscience des différents enjeux de l’étalement urbain, c’est devenu un de mes sujets de discussion favoris. J’adore demander aux gens leur lieu d’habitation de rêve pour qu’on réalise que, collectivement, ce que nous désirons, c’est d’habiter dans un lieu entouré de verdure, où nous connaissons nos voisins et le prénom de la boulangère.
Avant l’invention de l’automobile, les villages possédaient tous des commerces de proximité, des écoles et des églises accessibles à pied, à vélo ou à cheval. Nous n’avions pas besoin de parcourir plusieurs kilomètres pour aller travailler ou faire nos courses, et le sentiment de communauté était plus fort. Si nous réorganisions nos villes, banlieues et villages pour que chaque quartier ait son cœur villageois, nous pourrions non seulement renforcer l’économie locale, mais surtout réduire notre utilisation quotidienne d’essence en limitant nos déplacements polluants.
Vivre à la campagne : un choix personnel
Le désir de vivre à la campagne pour Clément et moi est surtout motivé par notre envie d’être peinards, mais aussi avoir des enfants et de leur offrir le cadre de vie qui nous semble être le meilleurs. De nombreux parents élèvent leurs enfants sans problème dans des appartements, mais notre passion pour le jardinage et notre désir que nos enfants jouent en sécurité à l’extérieur nous poussent vers la vie à la campagne.
Lorsque je parle de mon désir d’enfant on me questionne souvent sur l’impact environnemental de celui-ci.
Enfanter face à la crise climatique
Oui, avoir des enfants contribue à la crise climatique. Vivre contribue à la crise climatique. Réduire le nombre d’enfants par famille ou abandonner l’idée d’en avoir est l’une des manières les plus efficaces de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
Mais je ne comprends pas pourquoi nous nous battrions pour que le niveau de la mer redescende si l’humanité s’arrête à notre génération. Pour moi, enfanter est un acte d’optimisme, même si cela peut sembler être un acte de déni face à ce qui nous attend.
Élever des enfants conscients
Je pense aussi que si tous les écologistes décident de ne pas avoir d’enfants et que seuls les climatosceptiques se reproduisent, l’humanité sera encore plus en danger. Il est possible d’avoir des enfants et de les élever en leur apprenant à se connecter à la nature et à la biodiversité.
Cela ne signifie pas qu’il faut avoir un enfant en pensant qu’il va sauver le monde, c’est trop de pression. Il est toutefois de notre responsabilité de leur montrer des gestes écologiques quotidiens qu’ils auront envie de reproduire, comme faire le tri des déchets, acheter de seconde main et utiliser les transports actifs et collectifs.
Ce n’est peut-être pas le nombre d’enfants le problème, mais la manière dont on les élève et tout le matériel qu’on leur donne. Une famille nombreuse en République Démocratique du Congo ou en Somalie aura toujours une empreinte carbone annuelle plus basse qu’une famille avec un enfant dans les métropoles occidentales. Faire des enfants, c’est avoir la possibilité de générer des futurs citoyens informés, lucides et responsables.
L’espoir des nouvelles générations
Je constate déjà que les générations Z et Alpha sont immensément conscientes de la crise climatique et se mobilisent. Et cela me donne espoir. Néanmoins, on parle souvent des nouvelles générations comme si c’était elles qui allaient sauver la planète. Je crois que c’est beaucoup de trop pression…
Habiter à la campagne contribue au problème d’étalement urbain
Il ne faut pas se voiler la face, si mon conjoint et moi avons fait ce choix, c’est parce que actuellement cela fait plus 5 ans, que l’on fonctionne en télétravail à 100 % . Un choix, mais également un privilège. Comme on n’a pas vraiment besoin de se rendre au travail, autant travailler depuis un coin qui nous semble agréable.
Alors, quelles solutions pouvons-nous envisager pour lutter contre l’étalement urbain et ses impacts négatifs? Une foule de solutions s’offrent aux villes et aux différents paliers de gouvernement pour enrayer l’étalement urbain dès aujourd’hui.
Améliorer l’offre de transport en commun
Il est crucial d’améliorer l’offre de transport en commun des banlieues vers les métropoles, des banlieues vers les régions, mais aussi entre les différentes régions et entre les différentes banlieues. Un réseau de transport en commun efficace et accessible peut réduire de manière significative la dépendance à la voiture et les émissions de gaz à effet de serre.
Mettre en place des infrastructures pour les déplacements actifs
Mettre en place des pistes cyclables sécuritaires et des zones piétonnes agréables est une autre solution. Ces infrastructures encouragent les déplacements actifs, comme la marche et le vélo, réduisant ainsi la dépendance à la voiture et les émissions polluantes.
Planifier des quartiers complets
Il est également essentiel de s’assurer que chaque logement soit à 10 minutes à pied maximum d’un endroit où on peut acheter de quoi manger, travailler et se soigner. Cela signifie intégrer des épiceries, des pharmacies, des écoles, des garderies et d’autres services de base directement dans les nouveaux développements résidentiels.
Promouvoir la mixité des usages
La promotion de la mixité des usages, où les zones résidentielles, commerciales et de loisirs coexistent, peut également aider à réduire l’étalement urbain. En permettant aux gens de vivre, travailler et se divertir dans un même quartier, on réduit les besoins de déplacements longs et fréquents.
L’importance de la sensibilisation
Une part importante de la lutte contre l’étalement urbain réside dans la sensibilisation de la population. Les gens doivent comprendre les impacts de l’étalement urbain sur l’environnement et la qualité de vie. Il est crucial d’éduquer les citoyens sur les avantages de vivre dans des communautés compactes et bien planifiées.
Le rôle des médias et des influenceurs
Les médias et les influenceurs ont un rôle important à jouer dans cette sensibilisation. En utilisant leurs plateformes pour parler des enjeux liés à l’étalement urbain et pour promouvoir des modes de vie plus durables, ils peuvent aider à changer les mentalités et à encourager les comportements responsables.
Les citoyens eux-mêmes peuvent jouer un rôle actif en s’impliquant dans les processus de planification urbaine et en soutenant les initiatives qui visent à créer des communautés durables. Participer aux consultations publiques, s’informer sur les projets de développement et faire entendre sa voix sont des moyens de contribuer à un aménagement du territoire plus respectueux de l’environnement.
Mon engagement personnel
Pour ma part, je m’engage à continuer à sensibiliser mon entourage aux enjeux de l’étalement urbain et à promouvoir des solutions durables. Vivre à la campagne ne signifie pas nécessairement adopter un mode de vie non durable. En faisant des choix conscients et en privilégiant des pratiques respectueuses de l’environnement, nous pouvons tous contribuer à un avenir meilleur.
Par exemple, nous avons choisi de cultiver notre propre jardin pour réduire notre dépendance aux produits alimentaires transportés sur de longues distances. En ville, la nourriture parcourt bien souvent plusieurs centaines de kilomètres avant d’arriver à nos assiettes. Ici quelques mètres séparent nos aliments de notre assiettes.
Nous privilégions également les déplacements actifs et utilisons la voiture le moins possible. Ces petits gestes, accumulés, ont un impact significatif sur notre empreinte carbone.
Néanmoins, tout n’est pas magique non plus. À la campagne, l’accès aux soins de santé n’est pas simple. Alors mon conjoint parcours plusieurs centaines de kilomètres plusieurs fois par années pour le suivi de ses maladies auto-immunes. Malheureusement, les spécialistes se trouvent souvent à Paris. Donc on fait le déplacement. Néanmoins, on essaye de combiner le voyage avec d’autres activités. On en profite pour manger dans de nouveau restaurants ou passer du temps avec ma famille.
Vivre à la campagne et lutter contre l’étalement urbain sont des choix personnels et politiques.
Il est crucial de repenser nos modes de vie et nos aménagements pour créer des communautés durables, réduisant notre dépendance à la voiture et préservant notre environnement pour les générations futures. Les solutions existent, et il est de notre responsabilité de les mettre en œuvre et de sensibiliser les autres à leur importance.
L’étalement urbain n’est pas une fatalité.
En adoptant des pratiques de planification urbaine durables, en améliorant les infrastructures de transport en commun, en créant des quartiers complets et en sensibilisant la population, nous pouvons construire un avenir où il fait bon vivre, tout en respectant notre planète. L’engagement de chacun est essentiel pour réussir cette transition vers des communautés plus durables et résilientes.
Fondatrice & Directrice artistique Voyageuse, curieuse, ses inspirations graphiques viennent du bout du monde ou du coin de la rue.
